05.07.2006

Racines



Bon, les amis, juste avant de partir arpenter réellement le monde pour un mois et me dépayser jusqu'à plus soif, j'ai voulu vous parler un peu de retour aux sources...

Voilà, ça y est... "retour aux sources"... le mot est lancé... et à peine est-il jeté en l'air, que je le vois déjà être pris pour cible par les snipers de l'anti-communautarisme, les gommeurs de différences de tous poils et autres traumatisés des extrémismes...

Mais c'est bon!... Tranquille Emile... Relax Max... c'est bon, le retour aux sources dont je vous parle, il n'est pas armé d'une kalachnikov ou d'une ceinture explosive... et n'arbore pas non plus une fleur de lys ou un arbre généalogique des rois de France des mérovingiens jusqu'aux bourbons...

Non, non, je vous parle d'une retour aux sources bien plus personnel, et bien moins prosélyte.

Comme d'habitude c'est d'un livre qu'il s'agit: il s'agit de Racines de Alex Haley.

C'est l'histoire du courageux Kounta Kinté, fils de Kaïraba Kounta Kinté, qui, quelque temps après avoir réussi l'épreuve initiatique du Kintango dans sa Gambie natale, est enlevé puis vendu à des négriers qui le déportent à l'autre bout du monde.
Bon, c'est rapidement résumé, j'ai un peu sauté des passages, mais globalement c'est ça l'idée...
En fait je dis ça parce que, dans ce livre, c'est justement les détails qui sont importants... l'histoire générale, tout le monde la connaît: Plusieurs millions d'africains ont été mis en esclavage et déportés vers les Amériques entre le XVe et le XIXe siècle...
constat brut, froid et qui tient en une phrase, pour résumer quatre siècles d'Histoire et des millions d'histoires individuelles dramatiques...
historiens, politiciens, et théoriciens de tous bords, argumentent, débattent sur les chiffres, contestent les versions, remettent en causes les responsabilités respectives et vont même parfois jusqu'à comparer les horreurs de l'Histoire entre elles comme dans une sorte de Hit Parade:
"En tête de notre Top 50 des salopards de l'Histoire, nous avons ce soir, Hitler avec son fameux tube Holocauste, the final solution , talonné de trés prés, comme toujours, par le collectifs les négriers Européens et leur titre "road to america" avec en featuring le groupe les slatis, vendeurs d'esclaves africains... Mais attention, de nombreux petits nouveaux font leur entrée au Top 50 cette semaine: nous avons Milosevic, en competition pour la Yougoslavie; Pol Pot, en compétition pour le Cambodge; la Radio des Milles Collines, en compétition pour le Rwanda, et bien d'autres encore... que de suspense à venir mesdames et messieurs, la compétition est trés relevée de nos jours... Salut les p'tits clous!..."

Bref, tout ça pour dire que ces débats-là mènent parfois à des discussions surréalistes, dans lesquelles les chiffres ne veulent plus rien dire, et où la réalité se noie dans un torrent de généralités.

C'est pourquoi j'ai trouvé le livre d'Alex Haley si important, si parlant et si intelligent: plutôt que de raconter toutes les histoires, il n'en raconte qu'une seule, mais dans ses moindres détails. Et l'intensité émotionnelle est tellement forte et grandissante tout au long du livre, que ce sont finalement les sentiments de n'importe quelle personne oppressée qui sont décrits. C'est l'histoire d'un Africain déporté vers les Amériques qui est racontée, mais c'est aussi celle d'un juif déporté à Buchenwald, d'un Tutsi traqué à Kigali, d'un citadin de Phnom Penh soumis aux travaux forcés dans les rizières des campagnes cambodgiennes... etc, etc, etc...

Et puis, il faut dire aussi, que quand on lit ce livre, comme moi, sans en savoir trop de chose à l'avance, on ne peut qu'être sous le charme des surprises qu'il réserve...
Donc, bien que ça me démange de vous en dire plus, je vais m'arrêter là et vous laisser tout le plaisir de la découverte (en tout cas tout ce que j'ai pu vous en laisser), parce que franchement, ce plaisir là y'a vraiment très peu de choses qui lui arrive à la cheville (peut-être une part de tarte à la framboise, une bonne chanson d'Otis Redding et 2, 3 autres trucs, mais c'est vraiment tout... ;-) )


allez les copains, sur ce, je vous dis bonne vacance pour les chanceux, et bon courage pour les autres. Et moi, je m’envole…

PS : juste un petit conseil, ne regardez pas l’adaptation à l’écran en plusieurs épisodes de Racines (série qui passait le dimanche sur M6 quand on était petits…) avant de lire le livre, sauf si vous y êtes contraints par la force ou si vous êtes fan de la petite maison dans la prairie, auquel cas vous pourriez apprécier la ressemblance des qualités d’images…